Les Origines de la langue anglaise

Les Origines de la langue anglaise

1 Les premiers occupants celtes

Les fouilles archéologiques attestent que les premiers occupants habitaient ce qu’on appelle aujourd’hui l’île de Grande-Bretagne vers l’âge du bronze, soit entre 2000 et 1500 avant notre ère. Au début de l’âge du fer (entre le VIIIe et le VIe siècle avant notre ère), les Celtes commencèrent à occuper les îles britanniques, comme ils avaient envahi le reste de l’Europe occidentale (voir la carte de l’aire celtique entre le Ve siècle avant notre ère et le début des conquêtes romaines). Outre l’île d’Irlande, ils finirent par s’installer dans toute la Grande-Bretagne. Les Origines de la langue anglaise

Au moyen de charrues en métal, les Celtes cultivaient les sols des vallées; leurs armes en fer et leurs chariots à deux roues, tirés par des chevaux, leur permettaient de soumettre les autochtones «ibériques» et d’absorber leur civilisation. Leurs prêtres, les druides, occupaient une position dominante dans la société. Les tribus celtes étaient fort nombreuses: Caledones, Damnonii, Novantae, Selgovae, Votadini, Carvetii, Brigantes, Parisi, Deceangli, Ordovices, Silures, Demetae, etc. Les Origines de la langue anglaise

 

Les Origines de la langue anglaise

1: Caledones
2: Damnonii
3: Novantae
4: Selgovae
5: Votadini
6: Carvetii
7: Brigantes
8: Parisi
9: Deceangli
10: Ordovices
11: Silures
12: Demetae

13: Cornovii
14: Corieltauvi
15: Dobunni
16: Durotriges
17: Dumnonii
18: Iceni
19: Catuvellauni
20: Trinovantes
21: Cantiaci
22: Atrebates
23: Belgae
24: Regni

 

Au nombre de 24 (voir la carte ci-dessus), chacun de ces peuples (eux-mêmes divisés en plusieurs tribus) parlait sa langue celtique respective. L’intercompréhension devait être relativement aisée de proche en proche, mais plus difficile au fur et à mesure que les tribus vivaient éloignées les unes des autres. Par exemple, les Caledones (1), qui vivaient au nord, comprenaient certainement moins les Celtes du Sud tels que les Dumnonii (17), les Durotriges (16), les Belgae (23), les Regni (24), les Cantiaci (21), etc. On sait que les Celtes de Bretagne pouvaient comprendre certains Celtes de la Gaule comme les Caletes, les Osismii, les Veneti, les Carnutes, etc., qui résidaient de l’autre côté de la Manche.

2 L’occupation romaine

C’est en 55 avant notre ère que Jules César débarqua au sud de l’île de Grande-Bretagne, alors appelée la «Bretagne» ou Britannia (en latin). Pour les Romains, la Bretagne constituait «la terre la plus écartée et le dernier boulevard de la liberté», d’après l’écrivain Tacite, qui ajoutait: «Il n’y a plus de peuples au-delà, rien que des flots et des rochers.» Les deux invasions de César, celle de 55 et celle de 54, ne semblent pas avoir eu de conséquence  sur l’histoire de la Bretagne romaine, car il n’y eut ni établissement de colonies ni annexion. Mais ces faits militaires constituèrent un précédent et une voie à suivre pour les successeurs de César. En effet, c’est en 43 de notre ère que l’empereur Claude (Claudius) en fit juridiquement une province romaine appelée la Britannia. Cette année-là, Aulus Plautius, ancien gouverneur de la Pannonie, mena l’invasion de la Bretagne avec sous ses ordres quatre légions: les IIe Augusta, IXe Hispana, XIVe Gemina et la XXe Valeria Victrix. Les historiens estiment à environ 40 000 hommes le corps de débarquement.

 

Les Origines de la langue anglaise L’occupation romaine ne fut jamais complète sur l’île, car elle ne s’étendait pas au nord du mur d’Hadrien (long de 95 km), qui sépare approximativement encore aujourd’hui l’Angleterre de l’Écosse ; le point de départ à l’ouest est le même, mais la frontière actuelle à l’est part aux environs de Berwick-upon-Tweed, une ville située plus au nord. À l’époque, la Britannia ne comprenait ni l’Écosse (Caledonia) ni l’Irlande (Hibernia). La conquête des hautes terres de la Calédonie aurait exigé un effort militaire et financier disproportionné par rapport à l’intérêt de l’opération. On n’y trouvait pas de terres à cultiver, ni de vastes terrains d’élevage, seulement des tourbières et des marais, rien qui puisse justifier pour Rome une guerre longue et coûteuse, car les populations locales (les Calédoniens) étaient très hostiles aux Romains.C’est au cours du voyage que l’empereur Hadrien (117-138) effectua en Calédonie (Écosse) en 121-122 que la construction du mur (Hadrian’s Wall) commença pour se terminer en 128. Ce mur était entouré de fossés, jalonné de fortins, de casernes, de toute une infrastructure militaire qui fut tout à fait efficace pendant plus de trois siècles.

 

Il s’agissait pour l’Empire romain de soulager les forces armées de la pression des «indigènes», qui se faisait de plus en plus forte; certains historiens parlent davantage d’une «ligne de démarcation» que d’une ligne de fortification. En 142, l’empereur Antonin fit construire un autre mur, entre le Forth et la Clide, qui «doublait» au nord la fortification déjà édifiée par son père adoptif Hadrien.

En réalité, il faudra attendre la loi de l’Union (Union Act) de 1707 pour voir l’intégralité de l’île sous une même autorité. Sous Élisabeth Ire, certains ont même envisagé de remettre en service l’ancienne «ligne de démarcation» (le mur d’Hadrien) entre la Bretagne et la Calédonie.

La conquête romaine incomplète de l’île obligea les envahisseurs à y stationner un fort contingent de légionnaires, le plus important d’Occident, voire de l’Empire. Les Romains estimaient que les «indigènes» étaient à un stade de développement et de civilisation moins avancé que le leur, et qu’il était de leur devoir de les amener à adhérer à leur genre de vie et à leurs valeurs culturelles. Pour cela, ils créèrent des villes. À la suite de nouvelles conquêtes, de nouvelles cités romaines furent créées, sur la base des tribus existantes telles que les Atrébates, les Trinovantes, les Iceni, les Coritani, les Ordovices, les Demetae et les Brigantes. Un important réseau de routes couvrait alors le pays, tandis qu’une hiérarchie de fonctionnaires assurait l’administration et que l’armée faisait régner l’ordre. Évidemment, le latin servait de langue véhiculaire pour les Romains et les populations locales.

Cependant, la romanisation (ou latinisation) des habitants de l’île — tous appelés Brettones (ou «Bretons») par les Romains — resta plutôt superficielle et le vieux fond celtique perdura, du moins dans les campagnes. Autrement dit, les «Bretons» continuèrent à parler leurs langues celtiques, sauf pour les élites locales, généralement bilingues, pour qui la romanisation obtint un franc succès. Voici ce que nous dit l’historien Tacite (55-120) au sujet des «Bretons» dans Vie d’Agricola (98):

 

XI.1. Quant aux premiers occupants de l’île, on ne peut savoir avec certitude, comme toujours dans le cas de peuples barbares, s’ils s’agit d’autochtones ou s’ils sont venus d’ailleurs.

2. Les Bretons présentent plusieurs types physiques, ce qui permet d’étayer autant d’hypothèses. Par exemple, les cheveux roux des Calédoniens et leurs membres allongés attestent une origine germanique. Basanés et souvent crépus, les Silures [ils occupaient le pays de Galles et le Monmouthshire], dont le territoire est opposé à l’Espagne, donnent à penser qu’autrefois des Ibères ont traversé la mer et se sont fixés sur leurs terres. Ceux qui vivent le plus près de la Gaule ressemblent à ses habitants : soit l’origine ethnique reste marquante, soit le climat a conditionné le type humain dans ces régions qui se font face.

3. En examinant la question dans ses grandes lignes, on peut, malgré tout, concevoir que des Gaulois ont occupé l’île du fait de sa proximité.

4. On peut y retrouver les rites et les croyances religieuses propres à la Gaule; la langue n’est pas très différente; aussi téméraires que les Gaulois, les Bretons aiment prendre des risques, mais devant le danger ils paniquent tout autant et fuient. Toutefois, on trouvera plus combatifs les Bretons qu’une pacification de longue date [allusion à la conquête de la Bretagne méridionale par Claude en 43] n’a pas encore amadoués. Nous savons que les Gaulois, eux aussi, étaient de brillants guerriers. Par la suite, la paix les rendit nonchalants, car ils avaient perdu leur bravoure avec leur liberté.

5. Il en va de même pour les Bretons vaincus de longue date, alors que tous les autres sont encore comme les Gaulois d’autrefois.

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En fait, les populations locales et rurales ne furent pas assimilés par les occupants. La langue latine ne fut rien d’autre qu’une langue étrangère, sans doute nécessaire pour les relations avec les Romains. La latinisation des villes fut plus importante, mais pas au point que les habitants décident de changer de langue. Les Origines de la langue anglaise

Puis, dès le IIIe siècle, les premières incursions des Vikings commencèrent sur l’île. Au IVe siècle, après les grandes réformes de Dioclétien, la province de la Britannia fut divisée en «Bretagne supérieure» à l’ouest et «Bretagne inférieure» à l’est, et rattachée à la préfecture du prétoire des Gaules, dont le siège fut successivement à Trêves et à Arles. Puis les incursions germaniques s’accélérèrent, ce qui contribua aussi au déclin de l’Empire romain en Bretagne. Les légions romaines abandonnèrent définitivement l’île en 407.

3 L’arrivée des tribus germaniques

À partir de 450, les Angles, un peuple germanique venu du Schleswig-Holstein actuel (au sud du Danemark), s’installèrent sur les côtes méridionales de la Britannia et repoussèrent les Celtes jusqu’en Cornouailles et au pays de Galles. Les Origines de la langue anglaise

 

Les Origines de la langue anglaise Après leur installation en Angleterre, les tribus germaniques empruntèrent un certain nombre de termes au vocabulaire celte dont il ne reste aujourd’hui que bin (<vieil anglais binn: «mangeoire»), brock (< vieil anglais brocc: «blaireau») et dun (< vieil anglais dunn: «sombre»/«gris»). La légende du roi Arthur a conservé le souvenir de cette résistance acharnée des «Bretons».  La langue bretonne parlée en France fut introduite à cette époque par une partie des Celtes de Grande-Bretagne qui s’enfuirent sur le continent, en Armorique, un territoire qui fut appelé «Bretagne» (par opposition à la «Grande-Bretagne»).Tous ces envahisseurs germaniques, c’est-à-dire les Angles, les Saxons, les Frisons, les Jutes (du Jutland au Danemark) et même les Francs, bien que d’origines diverses (mais issus d’une même civilisation), s’identifièrent indifféremment comme des Angles ou des Saxons, ce qui leur valut par la suite le nom d’Anglo-Saxons. Il ne faudrait pas oublier la formation du royaume des Scotti au nord, lequel a donné son nom au pays (Écosse). 

Au VIIe siècle, en Angleterre (England), on dénombrait sept principaux royaumes germaniques: la Northumbrie, la Mercie, l’East Anglia, l’Essex (Est), le Wessex (Ouest), le Sussex (Sud) et le Kent.

Toute la société anglo-saxonne était alors subdivisée en clans puissants que régissaient le droit coutumier et un système de compensation financière (wergeld) dans le cas d’un décès, d’une blessure ou d’un vol. Ces tribus pratiquaient leurs propres religions polythéistes, n’entretenaient pas de langue écrite et avaient développé une économie mixte fondée sur l’agriculture, la chasse et l’élevage des animaux domestiques.

 

Au cours de cette période, les tribus germaniques parlaient encore leurs langues originelles (vieux-norrois, francique, frison, saxon, anglien, etc.) issues du germanique commun initial (proto-germanique). En somme, la langue anglaise n’existait pas encore, mais les populations installées sur le territoire allaient être les ancêtres de cette langue dont l’évolution n’avait pas encore commencé. Les Origines de la langue anglaise

Source: axl.cefan.ulaval.ca/

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